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CQFD : "No Nano débat"

lundi 1er février 2010

Auteur : Raúl Guillén.

À Grenoble, le 1er décembre, le 8e débat public sur les nanotechnologies a été saboté par des opposants persuadés qu’il était plié d’avance. Selon eux, ce n’est pas en investissant du gros fric dans l’infiniment petit qu’on trouvera une solution à l’aliénation moderne. Bien au contraire.

TOUT ÉTAIT POURTANT BIEN PLANIFIÉ. Des responsables de la recherche en nanotechnologies avaient bombardé leurs subordonnés de mails les sommant d’« être massivement présents » dans la salle. La fouille à l’entrée –aux bons soins d’une boîte privée– était systématique. Et la signature obligatoire d’un petit bout de papier où l’on s’engageait à ne pas perturber le débat, à écouter les autres et à ne pas dépasser les trois minutes dans le cas d’une éventuelle intervention –temps il est vrai largement suffisant pour qu’un citoyen exprime ses peurs irrationnelles – donnait quelque garantie de tranquillité. En entrant dans la salle, on avait le rare plaisir de voir sa propre mine sur les grands écrans surplombant la salle, puisque les caméras qui allaient filmer l’évènement étaient braquées sur l’accès au parterre. Là, bon nombre de places étaient réservées aux VIP, des chercheurs probablement,qui y accédaient par une porte latérale.

Tout cela avait sans doute rassuré Jean Bergougnoux, président de la commission particulière du débat public Nanotechnologies. Au point qu’il déclare à la presse locale : « Le sujet est passionné [à Grenoble], mais le débat aura lieu, c’est certain. Je peux vous l’assurer. »(1) Et effectivement, la salle était calme, si on fait abstraction de la distribution d’un tract au titre malveillant : « Vous aussi, organisez votre débat pipeau ! »(2) Mais au moment où notre ingénieur et haut technocrate (ancien directeur général de GDF et ancien président de la SNCF) prenait la parole pour inaugurer le show,une grosse centaine de personnes s’est mise à applaudir et à crier des « bravo ! » sarcastiques, puis à huer et à scander des slogans. « Grenoble antinano ! », « Flic, chercheur ou militaire, qu’est-ce qu’on fait pas pour un salaire ! », « Nano déjà là, on débat pas ! ». Et ils n’ont plus arrêté. Bergougnoux s’est alors fendu d’une solennelle protestation, étouffée par le tohu-bohu de la salle où, bien entendu, on accusait les empêcheurs de débattre en rond de « comportement totalitaire ». Puis, comme Bergougnoux le déclarera plus tard, il fut « décidé » d’annuler la nano-sauterie, sous les slogans, les confettis et le déploiement d’une banderole « Fermez Minatec » (pôle nanotechnologies inauguré en 2006).

Pour vider la salle, les agents de la BAC qui se trouvaient là ont mis leurs brassards et les vigiles se sont regroupés devant la scène. Au bout de trois quarts d’heure de chants et d’applaudissements soutenus, la centaine de trublions a abandonné les lieux, lentement et bien groupée. Sans incident particulier, sauf l’éjection musclée d’un antinano ayant aspergé avec de la (fausse ?) mousse à raser un spécialiste qui pontifiait devant les caméras.

Le lendemain, Bergougnoux regrettait ce comportement antidémocratique et jurait ses nanodieux qu’on ne l’y prendrait plus : « Nous nous engageons à ce que le débat se déroule sous une autre forme », révélant qu’« Internet jouera un rôle », quoique, c’est certain, « sur Grenoble, nous ne réorganiserons pas un autre débat ». Car un compte-rendu et un bilan doivent être impérativement fournis aux « maîtres d’ouvrage » – pas moins de sept ministères ! Afin que ceux-ci puissent annoncer « les suites qu’ils entendent donner à ce débat », dont le but, ambitieux, est « d’éclairer les grandes orientations de l’action de l’État ». Mais en attendant qu’ils finissent d’éclairer nos vessies, on apprend l’attribution des travaux d’extension du site Synchrotron à Grenoble –coût 30 millions d’euros–, qui permettront de « répondre aux objectifs des vingt prochaines années, particulièrement en matière de nanotechnologies », d’après Giger, l’entreprise qui les réalisera. Et aussi que le labo bioMérieux, « acteur mondial dans le domaine du diagnostic in vitro », renforcera son partenariat stratégique avec le Centre de l’énergie atomique (CEA), présent aussi sur Grenoble, et grâce auquel il pourra bénéficier « de compétences uniques » dans les nanotechnologies, entre autres. Alors, débat pipeau or not pipeau ?

(1) Le Dauphiné libéré, 01/12/09.

(2) www.piecesetmaindoeuvre.com/...

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