« The future doesn't need us » --Bill Joy
Les Nanotechnologies   |   Le débat public et la CNDP   |   Actualité   |   Agenda   |   Presse   |   Matériel de campagne
Accueil du site > Actualité > Débat public nanos : Remboursez !

Débat public nanos : Remboursez !

jeudi 21 janvier 2010, par Florian Olivier

Un nouveau témoignage critique d’un participant au pseudo-débat de Marseille.

Les critiques sont unanimes : la CNDP réalise en ce moment une des plus mauvaises comédies politiques françaises.

En allant au dispositif organisé par la CNDP à Marseille, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Dès l’entrée un petit groupe de personnes manifestait et une brochette de vigiles empêchait l’accès à la salle. Je n’étais pas à l’heure. Mais visiblement on ne voulait pas nous laisser entrer, comme si quelqu’un, ailleurs, indiquait à distance qui pouvait ou pas accéder à la salle. Nous étions bien une dizaine, sans nous connaître les uns les autres ; un monsieur ayant obtenu le droit de passer, nous avons réussi à le suivre. Les personnes qui continuaient à manifester à l’extérieur n’ont visiblement pas eu le droit d’entrer.

Une fois dans le bâtiment, on accédait facilement aux divers documents de propagande. Mais une autre propagande avait commencé dans la salle. Evidemment cette « propagande » n’a pas le même sens que l’accumulation de mensonges qu’on lui donne habituellement, elle a évolué tout comme le reste du système de contrôle et d’encadrement de la population. A Marseille notamment, on fait passer un dispositif qui, au mieux « informe », pour un « débat ». Et le discours reste émaillé d’une propagande qui consiste en d’habiles exagérations. La propagande n’est pas qu’un discours, un contenu, mais réside aussi dans le dispositif (1). Alors observons.

La salle était remplie à moins de la moitié, et à mon arrivée j’ai appris qu’il était interdit de s’asseoir dans le haut de la salle. Pourquoi ? La raison nous est donnée par la disposition des outils techniques de la salle. Notamment les caméras. Tout le monde doit pouvoir être filmé et avec certains angles, cela permet de faire croire à une salle comble. Avec d’autres outils on modifiera le son au profit de la CNDP, et non de ce qui s’est réellement entendu sur place, et on coupera certains passages. Notamment ceux où les intervenant officiels n’écoutent pas ceux qu’ils prétendent être venus entendre (si la CNDP devient habile, elle laissera aussi ces passages, afin de se gargariser de plus de transparence).

Ce qui m’a impressionné ce soir-là, c’est le peu de « professionnalisme » des acteurs agissant dans ce qui est clairement une mise en scène à leur profit. Par exemple, à une question de la salle sur les motifs des manifestants, on lui répond par l’ignorance. Ils auraient pu au moins faire semblant d’avoir travaillé, d’avoir entendu tout ce qui leur fut reproché depuis le début de leur campagne. Mais non.

J’ai voulu me lancer dans une explication à la CNDP. J’ai obtenu le micro, mais Jean-Pierre Chaussade n’écoutait pas. J’ai dû l’appeler, lui faire des signes ridicules pendant 5 minutes pour obtenir son attention. Nouvelle preuve du mépris des personnes dans la salle. J’ai indiqué en quoi ce n’était pas un « débat ». Un débat c’est une discussion avant une prise de décision. Et d’ailleurs la CNDP indique à chaque fois qu’elle est venue informer et écouter les points de vue, avouant à demi-mot qu’il ne s’agit donc pas de débattre. Ici toutes les décisions sont déjà prises. Pour appuyer mon affirmation j’ai cité deux éléments : D’une part l’Ideas Lab, un des laboratoires de Minatec à Grenoble qui rappelle clairement son objectif, l’augmentation des ventes grâce à des chercheurs serviles en science sociales :

« Une bonne idée d’innovation n’est pas nécessairement un succès commercial. Il y a entre l’innovation et son acceptation par le public, un fossé où domine la dimension proprement humaine de notre rapport aux objets : psychologique, anthropologique, sociale, symbolique, historique. L’ampleur croissante des investissements dans le domaine des NTIC en général et des micros et nanotechnologies en particulier, rend de plus en plus insupportable l’incertitude économique que représente cette dimension humaine. L’intuition demande à être renforcée par une analyse basée sur des méthodes développées par les Sciences Humaines et Sociales. D’où l’idée de croiser l’approche technologique avec une approche qui tient compte de l’humain et des nouveaux usagers, en couvrant l’ensemble des métiers qui vont de la technologie à l’utilisateur. » (2)

Ce dispositif est antérieur au « débat » que prétend faire la CNDP, tout comme l’ensemble des budgets déjà alloués ou en cours d’allocation sur les nanotechnologies, ainsi que les nombreuses applications déjà en vente et auxquelles nous sommes déjà exposés. Il suffit aussi de regarder les budgets prévisionnels des entreprises du secteur pour admirer la planification capitaliste de l’obsolescence et de l’innovation.

J’ai cité aussi un rapport du CEA qui, au mieux, analyse, au pire soutient, les techniques rhétoriques élaborées pour faire accepter les nanos. J’ai déjà fait mes remarques à Etienne Klein, co-auteur de ce document, quand il est venu à Montpellier (3).

Il faudrait que nos encadrants étatiques soient de parfaits imbéciles pour ne pas croire qu’ils aient pris à l’avance les dispositions que la CNDP prétend faire émaner du public : augmenter les enquêtes écotoxicologique, mettre au point un étiquetage. Le rapprochement de leur démarche avec celle du « Grenelle de l’environnement » est d’ailleurs révélateur. Il y a, tout comme au Grenelle, des points qu’il est exclu à l’avance de débattre. Au Grenelle c’était le nucléaire, ici ce sera non seulement le refus des nanotechniques au profit d’autres techniques productibles localement et avec peu de moyens, mais aussi des sujets comme la dévaluation des capacités humaines au profit de celles des machines (4), ou encore la réponse politique possible aux causes au lieu de la fuite en avant technicienne pour déplacer ou cacher les symptômes.

L’objectif du dispositif de la CNDP est clairement la propagande et non le débat. Elle ne se contente pas « d’informer » la population, mais sélectionne certaines perspectives qu’elle veut lui faire entendre au détriment d’autres dont elle ne parlera pas. Et si elle écoute le « public », ce n’est pas pour noter ses remarques avant de prendre des décisions, mais pour mieux adapter son discours afin de faire accepter plus facilement l’exposition et la diffusion des nanotechnologies, ainsi que les décisions de l’oligarchie encadrante. Par la suite celle-ci pourra affirmer : mais tout ces choix, c’est à vous que nous les devons.

Florian OLIVIER

NOTES

(1) C’est ce qu’enseigne Jacques Ellul dans son livre Propagandes [1962].

(2) Présentation des objectifs du IDEAs Lab de Minatec : http://www.cea.fr/content/download/... On notera : « les travaux ont débuté en février à l’initiative de France Télécom R&D, de Hewlett-Packard Labs, de ST Microelectronics et du CEA. » comme l’indique l’article du CEA : http://www.cea-technologies.com/art...

ST Microelectronics fait partie de ceux qui ont participé à l’élaboration du livre bleu du lobby GIXEL

(3) Vous pouvez trouver le tract argumentatif rédigé à cette occasion à cette adresse : http://www.mediafire.com/?l5zdwzkmmmk

Je précise qu’Alexei Grinbaum co-auteur de ce texte du CEA, présent dans la salle à Marseille, est venu discuter avec moi le rapport. C’est lui qui soutient qu’il s’agit plutôt d’une analyse. Cependant je n’avais pas pu apporter tous les éléments avancés dans le texte opposé à Etienne Klein, qui lui n’a d’ailleurs pas défendu qu’il s’agissait d’une analyse, mais partageait la perspective du texte.

(4) Le sujet porteur de cette idéologie se fait temporairement appellé « transhumanisme » ou encore « homme augmenté ».

A propos de ce site | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0