"Paris, le 7 juillet 2009
Mesdames et Messieurs les membres et sympathisants de PMO
La Commission particulière du débat public que je préside a été chargée par la Commission nationale du débat public d’animer un grand débat national sur les nanotechnologies. Nous avons appris avec regret que vous envisagiez de vous tenir à l’écart de ce débat. Tout en respectant cette décision, nous souhaiterions qu’elle ne repose pas sur un malentendu."
La CNDP a bien fait de nommer le madré Bergougnoux à la tête de sa commission Nanotechnologies. Dites-lui que vous êtes révolté, il vous prescrira un anti-dépresseur. Quand nous écrivons : "La seule attitude décente à l’automne prochain sera le boycott intégral des pseudo-débats de la CNDP et la critique publique de la tyrannie technologique", le président traduit "vous envisagiez de vous tenir à l’écart de ce débat". On vous aura prévenus, les volontaires pour cette mascarade. Ne venez pas vous plaindre de voir vos propos interprétés, déformés, manipulés.
Levons donc tout malentendu et rappelons que ce "grand débat national" est motivé par la critique et l’agitation autour des nanotechnologies, portées par PMO depuis janvier 2003, et qu’il a pour objectif de noyer cette critique dans la mélasse des "débats participatifs" encadrés par les experts en "démocratie technique". Nous n’avons cessé, quant à nous, de mettre sur la place publique, seul lieu légitime du débat, les menaces des hypertechnologies et des technologies convergentes, que les décideurs et les chercheurs auraient préféré garder dans la discrétion des laboratoires. Sans notre activité et celle de nos amis, c’est toute la population qui aurait été tenue "à l’écart de ce débat".
Le débat public n’a pas plus besoin d’une "commission nationale" et de commissaires, que la démocratie d’experts.
"Même s’il est vrai que ce débat a été déclenché par une saisine de la CNDP par les Pouvoirs publics, les principes fondateurs du débat public impliquent que nous soyons d’une totale indépendance tant vis-à-vis de l’Etat que des différents acteurs (chercheurs, entreprises, utilisateurs…) intervenant dans le domaine des nanotechnologies."
Indépendance : situation d’un organe ou d’une collectivité qui n’est pas soumis à un autre organe ou à une autre collectivité (dictionnaire Robert).
Les principes fondateurs de la "totale indépendance" exigeraient que les membres de la CNDP ne fussent ni issus des institutions et des grands corps de l’Etat, ni nommés par le président de la République, le Premier ministre sur proposition de ministres, les présidents de l’Assemblée nationale et de Sénat. La "totale indépendance" interdirait à la commission d’être rattachée budgétairement au ministère de l’Ecologie, y compris pour l’organisation de cette campagne sur les nanotechnologies. Qui paie les violons choisit la mélodie.
Rappelons que la CNDP a été saisie pour ladite campagne par rien moins que huit ministères : Environnement, Economie, Travail, Agriculture, Enseignement & Recherche, Défense, Santé & Sports. Ces maîtres d’ouvrage lui ont fourni le dossier qui servira de base au débat public, comme on le voit, de façon totalement indépendante de l’Etat.
Au fait ! Pièces et Main d’œuvre n’est nommé par personne, ne reçoit de financement de quiconque, et s’auto-saisit sans qu’on ne lui demande rien.
"Comme dans tout débat public, notre mission consiste à :
informer aussi complètement et objectivement que possible nos concitoyens sur les différents aspects des problématiques complexes qui caractérisent les nanosciences, les nanotechnologies et leurs multiples applications actuelles ou envisagées. Dans cette perspective il va de soi que rien ne sera occulté s’agissant en particulier des risques pour la santé, l’environnement ou la société que peuvent comporter ces technologies et leurs applications."
Rien ne sera occulté, sauf la présence, aux côtés de la CPDP, d’un comité invisible constitué d’experts chargés d’aviser et d’assister clandestinement la commission. Qui sont ces conseillers secrets, des sociologues, des économistes, des scientifiques ? A quoi servent-ils exactement ? Pourquoi les dissimuler au public ? Encore une occasion ratée de nous informer "aussi complètement que possible".
Idem pour le recours à une agence de com’, recrutée sur appel d’offre du ministère de l’Ecologie pour "une prestation d’assistance à l’organisation auprès de la Commission Particulière du Débat Public." Pourquoi M. Bergougnoux omet-il de dire qu’en réalité ce n’est pas lui, mais l’agence I&E Consultants, 32 rue de Trévise, Paris IXe, qui organisera et pilotera les réunions ? Celle-ci revendique-t-elle la même "totale indépendance" que le président de la commission ? Il ne suffisait pas que la CNDP fût un leurre pour détourner du pouvoir la colère des sans-pouvoir, voilà qu’elle délègue à son tour sa mission à des pros de la com’ et des "stratégies d’opinion"(2). C’est le vrai visage de la démocratie technique.
"- permettre à ceux, institutions, associations ou simples citoyens qui souhaitent exprimer leurs attentes, leurs craintes, leurs appréhensions, leurs préconisations, de trouver une tribune et d’être écoutés avec attention quelles que soient leurs positions ;
rendre compte objectivement des positions et des arguments qui se sont exprimés au cours du débat, dans le cadre des réunions publiques ou par des contributions écrites ou via le site Internet de la Commission. J’insiste sur le fait que la CPDP n’est en aucun cas en position d’arbitre, qu’il ne lui appartient pas d’émettre des recommandations et que son rapport final aura pour seule ambition de mettre chacun des acteurs (pouvoirs publics, organismes de contrôle, chercheurs, entreprises, corps médical, associations…) face à ses responsabilités sur la base d’un compte-rendu objectif des opinions exprimées au cours du débat."
Notez la précision : la CNDP nous offre le droit de nous exprimer quelles que soient nos positions. C’est dire si de telles largesses semblent exceptionnelles aux techno-maîtres. Qui du reste ne promettent rien d’autre que de nous écouter. Chacun sait que vider son sac soulage, et c’est précisément l’objet de cette fausse agora : épuiser la colère des sans-pouvoir en lui offrant une soupape. Il va de soi, avoue Bergougnoux, que tout ceci sera sans conséquence, la commission n’ayant pas pour vocation d’émettre la moindre recommandation. Ou comment occuper les jobards verts et bureaucrates associatifs qui croient utile de plastronner dans cette comédie. Le croient-ils vraiment ? Ou leur collaboration n’est-elle que l’alibi qui leur permet, à coup de "cahiers d’acteurs" et d’interventions, de cacher leur veulerie et leur malhonnêteté ?
"Pour que cette exercice de démocratie participative – certains préféreront dire d’intelligence collective – réussisse, il est évidemment indispensable que tous ceux qui ont quelque chose d’important à dire sur le sujet, le disent et le disent dans le cadre du débat. C’est pourquoi nous comptions sur votre participation active à ce débat."
Ici, lecteur, attention. Bergougnoux dit la vérité et chaque mot compte. On se souvient que le credo des sociologues de l’acceptabilité de France Telecom R&D résume à la perfection le rôle des raouts "participatifs" : "Faire participer, c’est faire accepter" , disent ces experts en manipulation. On comprend pourquoi les animateurs de la démocratie technique tentent toujours de nous mouiller (du cycle NanoViv à Grenoble à la CNDP). Non seulement notre participation leur fournirait le label "approuvé par les opposants", mais le simple fait de faire partie de la manip’ étoufferait notre critique jusqu’à la rendre inaudible. Participer, c’est accepter, par un effet mécanique de connivence et de coopération qui aboutit toujours au plus petit dénominateur commun. C’est ainsi qu’écotechs et citoyennistes se glorifient d’avoir obtenu l’étiquetage de l’alimentation génétiquement modifiée, arraché de haute lutte militante à l’industrie qui n’attendait que cette minime concession pour leur fourguer sa pâtée transgénique. Promettez-leur encadrement, normalisation, régulation des nanotechnologies, et vous verrez les associatifs-ouverts-au-dialogue se vanter d’avoir contribué à un nanomonde citoyen et durable.
L’insistance de Bergougnoux à rabattre chacun "dans le cadre du débat" de la CNDP souligne ce besoin de connivence. Nous refusons de jouer le jeu, parce que nous refusons le nanomonde que ces divertissements citoyens sont censés rendre acceptable. Les soumis de la tyrannie technologique, les résignés de la survie artificielle dans le monde-machine et de la course à l’abime technicien, ne pourront pas dire que nous avons acquiescé avec eux. Voilà ce que nous appelons mettre chacun, y compris les prestataires en débat public, face à ses responsabilités.
"Quoiqu’il en soit (sic), sachez que le site Internet de la CPDP sera ouvert vers la fin du mois de septembre 2009 et que vous aurez toujours la possibilité d’y présenter vos arguments et d’y exprimer vos positions."
Sans façons. Nous disposons de nos propres moyens d’expression, et nous invitons tous ceux qui souhaitent participer au vrai débat public sur les nanotechnologies à se rendre sur le site www.nanomonde.org.
(1) cf Aujourd’hui le nanomonde n°15
(2) cf "Les dessous du débat national sur les nanotechnologies"
