Alim-Louis Benabid et François Berger sont des héros de la médecine moderne. Grâce à leurs expériences sur le cerveau de malades de Parkinson, de sujets souffrant de troubles obsessionnels compulsifs ou de dépression, nous entrons dans l’ère de la régulation neuronale électronique. A l’Institut des Neurosciences de Grenoble et à Clinatec, la "clinique expérimentale utilisant les nanotechnologies au bénéfice des neurosciences", ces bienfaiteurs perfectionnent les techniques de stimulation cérébrale par nano-implants capables de modifier le comportement, les émotions, la volonté du cobaye.
Il y urgence : "Une "épidémie silencieuse" de troubles du développement neurologique est en cours, en raison des produits chimiques industriels présents dans l’environnement, qui altèrent le développement cérébral des fœtus et des jeunes enfants. Ce sont les conclusions d’une analyse de chercheurs de la Harvard School of Public Health (HSPH) et de la Mount Sinai School of Medicine, qui pointe 201 produits chimiques – la plupart étant courants – connus pour les dommages neurologiques durables qu’ils infligent aux humains. (…) les conséquences d’une exposition aux neurotoxiques durant l’enfance peuvent inclure un risque accru de maladie de Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives." (1)
Pour Benabid et Berger, pas question de supprimer les causes de l’"épidémie silencieuse" – qui ne les intéressent pas plus que celles des troubles psychiatriques, eux aussi en plein boom grâce au progrès du bien-être général dans les sociétés industrielles. Mieux vaut s’associer à Medtronic (une boîte américaine) pour produire des implants neuronaux jugés particulièrement rentables sur le marché de la dépression. Ce sont les salariés de France Telecom qui vont être contents.
Comme dit François Berger : "La valeur ajoutée des nanotechnologies transférées dans le domaine médical est indiscutable au niveau scientifique et industriel. (…) Nous devons travailler avec des industriels, nous déposons des brevets et il n’y a pas de problème éthique en la matière." (2) C’est pourquoi ce docteur doué pour les affaires plaide sans relâche auprès des parlementaires pour la dérégulation de ses activités : "Trop de régulation tue l’innovation. Nous disposons d’une réglementation très rigoureuse et coûteuse (…). On veut actuellement la renforcer : or, cela ralentit nettement l’innovation et s’oppose au progrès médical." (3)
Pour ces mécanos de l’homme hybride, le succès passe entre autres par les nanotubes de carbone : "On sait qu’en utilisant des nanotubes de carbone, on pourra améliorer l’intégration et viser une interface physiologique dans le cerveau. (…) il est impensable de lancer ce type d’étude chez l’homme avant d’avoir mené une analyse toxicologique très étendue. C’est ce que nous faisons actuellement, en collaboration avec le Léti. Nous déterminons quels sont les meilleurs nanotubes et cherchons comment les modifier pour qu’ils s’intègrent au mieux dans le cerveau sans toxicité." (4)
Remercions nos docteurs Folamour de nous adapter au monde-machine concocté par le CEA et Minatec, en préparant les hommes-machines équipés d’implants et d’interfaces neuronales.
(Pour en savoir plus sur les neurotechnologies, lire Terreur et Possession - Enqueête sur la police des populations à l’ère technologique (Pièces et Main d’œuvre, Editions l’Echappée, 2008) et "Grenoble Institut des Neurosciences ou Comment nous manger le cerveau" sur www.piecesetmaindoeuvre.com)
NOTES
(1) "Brain pollution : common chemicals are damaging young minds", Harvard University Gazette, 1/02/07
(2) devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques le 7 novembre 2006
(3) Idem
(4) Ibid.