Avis aux volontaires pour la mascarade du débat national : vos interlocuteurs ne seront pas ceux que vous pensez. Vous croyez que la Commission particulière du débat public, ce supposé groupe de "sages" détaché des basses contingences, pilotera les réunions ? Vous êtes naïfs. La CPDP, nous apprend le site strategies.fr, "a fait appel à I&E Consultants pour organiser, d’octobre 2009 à février 2010, un débat national sur les nanotechnologies, comme les pouvoirs publics s’étaient engagés à le faire dans le cadre du Grenelle de l’environnement. L’agence organisera en partenariat avec S’cape une vingtaine de réunions publiques dans différentes villes de France. Elle s’appuiera sur les relations avec les médias, mais aussi sur Internet où un important programme de gestion de l’opinion en ligne sera déployé."
En somme, la Commission du débat public sous-traite à une agence de com’… le débat public. On ignore si cette dernière recrutera elle-même un prestataire, quoique cette option soit envisagée sans rire dans l’avis d’attribution du marché. Bref, les gogos discuteront avec les fournisseurs des employés de l’administration. C’est que les décideurs, eux, n’ont pas de temps à perdre dans la confrontation avec l’opinion : pendant les débats, ils ont un plan de développement des nanotechnologies à mettre en œuvre.
Détail plaisant : l’appel d’offre n’a pas été passé par la commission, mais, en "totale indépendance" comme dit son président, par le ministère de l’Ecologie qui paiera lui-même l’agence. Laquelle est priée de prendre en charge :
"L’organisation du débat public sur des options générales en matière de développement et de régulation des nanotechnologies. Le marché porte sur une prestation d’assistance à l’organisation auprès de la Commission Particulière du Débat Public. La prestation comprend :
L’organisation et le pilotage des réunions du débat, - Le conseil stratégique pour l’organisation du débat, sa valorisation et l’optimisation de la participation du public,
La conception, la réalisation et la diffusion de supports de communication,
Les relations presse."
Qui sont I&E Consultants ?
Devinez le prestataire choisi par le ministère ? Si on vous dit "flicage d’opinion chez les enseignants et les universitaires", ça vous rappelle quelque chose ? Oui, le scandale provoqué par l’appel d’offres du ministère de l’Enseignement et de la Recherche auprès d’agences de relations publiques, à l’automne 2008, pour ’"identifier les sources stratégiques", "anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise", "repérer les leaders d’opinion et les lanceurs d’alerte, et analyser leur potentiel d’influence et la capacité à se constituer en réseau", en passant en revue les "sites commentateurs de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc", sites de syndicats, de partis politiques, d’associations, forums de discussion, blogs, pages personnelles, réseaux sociaux, plateformes vidéos, etc.
Le prestataire retenu à l’époque, I&E Consultants, est celui-là même qui organise et pilote les réunions du débat public sur les nanos. Une agence qui se présente comme experte en "stratégies d’opinion", on ne pouvait espérer mieux pour garantir un débat démocratique. Voyez plutôt les services offerts par ces trafiquants d’opinion : "Affaires publiques et influence : analyse de contexte, cartographie des acteurs, identification de cercles d’influence, veille parlementaire et gouvernementale, identification, programmes de prévention des crises, affaires judiciaires, lobbying et programmes de mise en relation, stratégie média, publicité d’opinion, etc."
Grâce aux réunions du "grand débat national" sur les nanotechnologies, et au "programme de gestion de l’opinion" sur le site Internet de la CNDP, les mouchards de I&E n’auront pas même à se fatiguer : les éventuelles récriminations anti-nano leur seront livrées sur un plateau. On comprend mieux l’insistance du président de la commission à ce que chacun s’exprime dans le cadre fixé par ces ingénieurs du rapport de forces.